Une épargne abondante encore insuffisamment mobilisée
La France affiche aujourd’hui un niveau d’épargne exceptionnel. Au deuxième trimestre 2025, le taux d’épargne des ménages a atteint 18,9 % du revenu disponible, soit un patrimoine financier supérieur à 6 400 milliards d’euros. Un record historique qui témoigne de la capacité des Français à épargner.
Pourtant, cette épargne reste majoritairement investie dans des produits liquides et sécurisés, tels que le Livret A, le LDDS ou les fonds en euros de l’assurance-vie. Si ces supports répondent aux besoins de sécurité des épargnants, ils ne permettent pas de financer efficacement les investissements de long terme dont l’économie européenne a aujourd’hui besoin.
Dans un contexte de contraintes budgétaires pour les États, mobiliser une partie de cette épargne constitue donc un enjeu stratégique pour accompagner les transitions énergétique et digitale, soutenir les PME et ETI, moderniser les infrastructures et renforcer la compétitivité européenne.

| Le non coté, un financement au service de l’économie réelle
Parmi les solutions identifiées, les actifs non cotés occupent une place croissante. Depuis plusieurs années, les investisseurs institutionnels renforcent leurs allocations en dette privée afin de financer directement les entreprises et les infrastructures essentielles : énergie, transports, télécommunications, santé ou encore éducation.
Les besoins restent considérables. La Banque européenne d’investissement estime que les investissements dans les infrastructures devraient représenter près de 5 % du PIB européen chaque année, contre moins de 3 % actuellement. De son côté, le G20 évalue le déficit d’investissement en infrastructures en Europe à près de 2 000 milliards de dollars d’ici 2040.

| Une évolution réglementaire qui favorise l’investissement de long terme
La loi Industrie Verte marque une étape importante dans cette dynamique. En encourageant l’intégration d’actifs non cotés au sein des contrats d’assurance-vie et des Plans d’Épargne Retraite, elle facilite l’orientation de l’épargne des particuliers vers le financement de l’économie productive. Les investissements pourront notamment être réalisés via des fonds ELTIF ou des FCPR, spécialisés dans les actifs privés.
Cette évolution réglementaire répond à un double objectif : offrir aux investisseurs particuliers un meilleur accès à des classes d’actifs historiquement réservées aux professionnels tout en renforçant les capacités de financement des entreprises et des infrastructures européennes.

| Un enjeu de souveraineté européenne
Au-delà de la performance financière, l’enjeu est également stratégique.
L’Union européenne envisage notamment la création d’un Fonds européen pour la compétitivité, doté d’un budget de 409 milliards d’euros. Selon les auteurs de la tribune, une réallocation de seulement 3,2 % du patrimoine financier des ménages français permettrait de financer plus de la moitié de ce budget.
Cette mobilisation de l’épargne privée contribuerait directement au développement des filières stratégiques européennes : infrastructures énergétiques, numérique, batteries, semi-conducteurs, hydrogène, agriculture durable ou encore défense.
