Entre tensions et résilience : quand les marchés rebattent les cartes

Vues de marchés 10 AOÛT 2026 11min

Le mois de juillet illustre une nouvelle fois la vitesse à laquelle les marchés peuvent changer rapidement d'orientation, coincés entre la résurgence des tensions géopolitiques et le cycle d'investissement lié à l'IA. Ainsi, malgré des données économiques favorablement orientées et de bonnes publications de résultats, il n'a fallu qu'une brève flambée des prix du pétrole pour raviver les craintes d'inflation et faire grimper les rendements obligataires, tandis que les investisseurs ont commencé à se détourner des semi-conducteurs au profit d'autres secteurs, comme l'énergie et la finance, soutenus par la hausse des prix des hydrocarbures et la hausse des taux.

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Les marchés rebattent les cartes

 

Le mois de juillet illustre une nouvelle fois la vitesse à laquelle les marchés peuvent changer rapidement d'orientation, coincés entre la résurgence des tensions géopolitiques et le cycle d'investissement lié à l'IA. Ainsi, malgré des données économiques favorablement orientées et de bonnes publications de résultats, il n'a fallu qu'une brève flambée des prix du pétrole pour raviver les craintes d'inflation et faire grimper les rendements obligataires, tandis que les investisseurs ont commencé à se détourner des semi-conducteurs au profit d'autres secteurs, comme l'énergie et la finance, soutenus par la hausse des prix des hydrocarbures et la hausse des taux.

 

Les données économiques ont plutôt rassuré et les publications des entreprises signalent une amélioration. Mais les marchés restent soumis à de possibles remises en cause rapides des projections, sur le plan de l'inflation ou dans les hypothèses de rentabilité sous-jacentes au développement de l'IA. Face à l'engouement particulièrement marqué des investisseurs pour les valeurs technologiques liées à l'IA, en Asie comme aux Etats-Unis, et au levier important qui les accompagne, nous avions privilégié une exposition plus diversifiée, tant géographiquement que sectoriellement. Ce positionnement s'est avéré pertinent : les actions japonaises et européennes ont fait preuve d'une relative résilience, tandis que les marchés émergents ont sous-performé en raison de leur forte dépendance à la chaîne d'approvisionnement des semi-conducteurs. Notons quand même que les marchés financiers font preuve d'une « fatigue » relative quand au sujet de la guerre au Moyen-Orient, qui est passé en second plan des préoccupations des investisseurs.

 

Les rendements obligataires mondiaux semblent se maintenir dans un axe haussier face à des besoins de financement croissants et un contexte économique plutôt rassurant : le poids combiné des émissions d'obligations d'entreprises liées à l'IA, l'offre souveraine importante et les inquiétudes budgétaires persistantes font grimper les rendements. Coté obligations d'entreprises, malgré des spreads de crédit sur des niveaux bas historiquement, la classe d'actif crédit reste marginalement impacté par la volatilité globale des marchés : la catégorie la mieux notée « investment grade » demeure le choix des investisseurs institutionnels comme alternative à l'exposition aux taux souverains. Le segment « haut rendement » bénéficie toujours d'un contexte assez favorable malgré des primes de risque sur des niveaux bas d'un point de vue historique. Le profil rendement risque demeure attractif en raison de la faible sensibilité aux taux, de primes de risque certes faibles mais stables et de maintien des défauts sur des niveaux bas. Nous anticipons un mois d'août principalement soutenu par le portage et des facteurs techniques favorables avant une rentrée plus dynamique avec la reprise du marché primaire.

 

Le facteur politique monétaire n'a pas eu une aussi forte influence que ce qui était anticipé : le ton reste « hawkish » face aux risques d'inflation, la reprise des tensions entre les Etats-Unis et l'Iran alimentant les craintes d'un choc des prix de l'énergie. Malgré cela, les taux directeurs des trois principales banques centrales sont restés stables.

 

La réouverture du détroit d'Ormuz demeure centrale pour un prix des énergies fossiles et monde plus stables. Les divergences stratégiques entre les acteurs participant aux négociations rendent difficile une résolution rapide. Il est donc probable que cette alternance de périodes de détente et de tension se prolonge, maintenant une certaine versatilité dans les cours du pétrole.

 

Malgré les tensions au Moyen-Orient, l'amélioration de la trajectoire économique devrait bénéfécier aux actifs risqués. Notre vision demeure constructive, avec une légère préférence pour les actions comparativement aux obligations.

 

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Conjoncture économique

 

Sur le plan économique, les publications des statistiques régionales et autres indicateurs d'activité témoignent d'une conjoncture plutôt robuste malgré la résurgence du risque géopolitique.

 

Etats-Unis : l'activité reste bien orientée

 

Aux Etats Unis, les données du marché du travail traduisent un léger fléchissement sans toutefois signaler de forte détérioration. Les créations d'emplois non agricoles ont augmenté de 57 000 en juin contre 110 000 attendues, tandis que les créations d'emplois d'avril et de mai ont été révisées à la baisse de 74 000 au total. Cependant, le taux de chômage a légèrement diminué et les demandes hebdomadaires d'allocations chômage sont restées faibles, ce qui suggère un marché du travail globalement stable. L'inflation a ralenti plus que prévu. L'indice des prix à la consommation (IPC) a reculé de 0,4 % en juin par rapport au mois précédent et s'est établi à 3,5 % sur un an. Hors éléments volatils, l'inflation a légèrement diminué à 2,6 % sur un an. L'indice des prix à la production (IPP) a également surpris à la baisse, reculant de 0,3 % en juin après une hausse de 1,1 % en mai. L'activité demeure bien orientée avec l'indice PMI composite flash américain de S&P Global qui a atteint 53,6 en juillet (contre 51,9 en juin), son plus haut niveau en huit mois. L'indice PMI des services a également progressé, passant de 51,2 à 53,6, tandis que le secteur manufacturier, bien que toujours en expansion, a légèrement ralenti, reculant de 53,9 à 53,8. Enfin, la première estimation du PIB américain pour le deuxième trimestre prévoit une croissance de 1,5 % impacté par la balance commerciale et les stocks.

 

Zone Euro : rebond de la croissance à venir ?

 

En Zone Euro, l'inflation a continué à se modérer avec l'IPC global à 2,8 % en glissement annuel (contre 3,2 %) en juin et une inflation sous-jacente à 2,4 % (contre 2,6 %). Cependant, l'estimation préliminaire pour juillet, publiée à la fin du mois, a montré une légère hausse de l'IPC à 2,9 % en raison des tensions sur les prix de l'énergie dans un contexte de reprise des hostilités au Moyen-Orient. Les indicateurs avancés de la Zone Euro laissent espérer un rebond de la croissance : l'indice PMI composite flash a progressé à 51,9, contre 50,0 en juin, dépassant les attentes et marquant la première expansion en quatre mois. Cette amélioration a été tirée par une activité plus soutenue dans les services, tandis que les données manufacturières ont également indiqué une dynamique positive dans toute la région. L'estimation préliminaire du PIB a indiqué une reprise de l'activité économique au cours du deuxième trimestre.

 

Japon : le yen soutenu par les Etats-Unis

 

Au Japon, la devise est restée un sujet de préoccupation : après avoir atteint son plus bas niveau en 40 ans, en juillet, les autorités japonaises et le Trésor américain ont confirmé des achats coordonnés de yen pour soutenir la devise, une première depuis 1998. Les pressions inflationnistes demeurent, les prix à la production ont augmenté de 7,1 % en juin sur un an, une accélération par rapport aux 6,3 % de mai et le rythme le plus rapide enregistré depuis 2023. Côté prix à la consommation, l'inflation est restée plus modérée (+ 1,6 % sur un an, contre 1,4 % le mois précédent). Enfin, l'activité économique a affiché une dynamique solide.

 

Politique monétaire : statu quo sur les taux

 

Les décisions de politique monétaire ont été en ligne avec les attentes : la Réserve fédérale a maintenu son taux directeur inchangé dans la fourchette de 3,5 % à 3,75 % malgré un vote partagé (9 voix contre 3 en faveur d'une hausse de 25 points de base). Le communiqué accompagnant la décision souligne que l'activité économique a continué de croître à un rythme soutenu, tandis que l'inflation est restée supérieure à l'objectif de 2 % de la Fed, reflétant en partie des chocs d'offre liés à des facteurs géopolitiques et commerciaux. La Banque centrale européenne (BCE) a maintenu son taux directeur à 2,25 %, comme prévu, après une hausse de 25 points de base en juin. Si les décideurs ont opté à l'unanimité pour le statu quo, ils soulignent que les risques d'inflation restent élevés et que les marchés continuent d'anticiper une forte probabilité d'une nouvelle hausse des taux en septembre. Enfin, la Banque du Japon (BoJ) a maintenu son taux directeur inchangé à 1,0 %, conformément aux attentes, après la hausse de 25 points de base enregistrée en juin. Les responsables politiques ont continué d'indiquer une normalisation progressive de la politique monétaire, tandis que les anticipations du marché restaient orientées vers une nouvelle hausse des taux d'ici la fin de l'année.

 

Sur le plan micro, avec approximativement 50 % des valeurs ayant publié, les résultats sont bons voire très bons dans l'ensemble (taux de surprises positives 86 % pour les US, 59 % en Europe) et les révisions se font généralement à la hausse pour le reste de l'année 2026. Pour autant, les attentes étant également élevées, les réactions suite aux publications positives n'ont pas systématiquement été favorables.

 

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Situation des marchés

 

Marchés de taux : regain de volatilité

 

La détente des premiers jours de juillet a fait place à un regain de volatilité avec des rendements obligataires des marchés développés en hausse en raison d'une nouvelle flambée des prix de l'énergie, alimentée par la reprise du conflit au Moyen-Orient combinée à de nouvelles annonces concernant les tarifs douaniers. Dans ce contexte, les courbes de taux se sont « repentifiées », les taux 2 ans allemands et américains baissent respectivement de -1 et -4 points de base alors que les taux longs ont globalement progressé (US 10ans +6 pdb à 4,73 %, Bund 10 ans +5 pdb à 3,21 %).

 

Marchés actions : rotation dans le leadership des indices et des secteurs

 

Le rebond du pétrole et la montée des interrogations sur l'IA ont généré une rotation dans le leadership des indices et des secteurs. Ainsi, aux Etats Unis, le Nasdaq recule de plus de -6 % alors que le S&P500 clôture presque étale (-0,13 %). De fait, les valeurs financières et de l'énergie dominent nettement (respectivement +12,43 % et +6,06 %) sur le mois alors que le sous-indice technologique recule de -3 %. En Europe, le Stoxx 600 progresse légèrement (+1,16 %) avec une rotation sous-jacente quasi identique à celle des Etats-Unis, l'amplitude de la correction étant plus marquée pour les valeurs technologiques (-13,55 %). Paradoxalement, le contexte chahuté n'a pas pénalisé les petites et moyennes valeurs européennes qui ont bénéficié d'un regain d'intérêt (+4,50 %). Ailleurs, les tensions sur l'IA se manifestent de façon plus évidente en Asie avec le marché coréen (KOSPI -23,63 %) en net recul étant donné l'hypertrophie de Samsung et SK Hynix (-22 % et ~-35 %).

 

Marchés des changes : mois agité pour les devises

 

Les devises ont connu un mois agité : l'intervention conjointe du Trésor américain et des autorités japonaises ont amené à une forte appréciation du Yen face au Dollar (+3,27 % sur le mois à 157,4 JPY/USD). Plus généralement, les doutes quant au pilotage monétaire de Kevin Warsh à la tête de la Fed ont été propices à une légère baisse du billet vert face aux autres devises développées sur la période (-1,23 % pour le Dollar index).

 

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Energie et matières premières

 

Le Brent s'envole, l'or reste stable

 

Les prix des énergies fossiles, qui avaient fortement reculé en juin après l'annonce du projet d'accord de paix, ont vivement rebondi en juillet. Sur le mois, le Brent progresse de 24 % (90 $/bbl le 31/07). L'or, qui avait bénéficié de la détente du risque sur le front géopolitique en début de mois (pic mensuel à 4176 $/once), a finalement cédé son avance pour n'afficher qu'un gain modeste sur le mois (+0,96 % à 4046 $/once).

 

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Newsletter rédigée le 7 août 2026, données arrêtées au 31 juillet 2026.

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