Quand la finance durable renoue avec sa raison d'être
La finance durable n'est pas passée de mode, elle poursuit sa transformation. Après une période d'expérimentation et de multiplication des approches lors du début du millénaire, nous avons connu un besoin de réglementation et d'homogénéisation des pratiques et concepts.
Cette rationalisation de l'investissement durable a parfois pu faire croire que nous étions uniquement face à un problème réglementaire, accompagné de concepts et d'acronymes souvent peu lisibles. Comment expliquer à des clients non-initiés la différence entre une part verte et un taux d'investissement durable ou la pertinence de prendre en compte ou non certaines incidences négatives principales ("PAI") ou le concept d'absence de préjudice important (le principe "do not significant harm" ou "DNSH") ?
Ce contexte a malheureusement pu faire perdre de vue le but recherché par la finance durable : prendre en compte dans les processus de gestion, de manière concrète, les enjeux de développement durable.
| Passer d'une finance de l'exclusion à une finance de la transformation
Au même moment, les préoccupations économiques et politiques se sont déplacées. Le monde dans lequel nous vivons a évolué, connaissant des transformations majeures sur tous les plans, y compris environnemental (avec la matérialisation du dérèglement climatique) et géopolitique (retour de la guerre en Europe et fin du multilatéralisme).
La conséquence directe est la nécessaire transformation des enjeux de durabilité (ou de soutenabilité, pour reprendre le "S" original de l'ISR). La finance durable a ainsi besoin d'évoluer vers une meilleure prise en compte des enjeux de résilience, de protection des populations et d'adaptation au défi environnemental.

| Remettre l'investisseur au cœur de la finance durable
Cette évolution ne signifie pas que les investisseurs ont renoncé à la finance durable. Après une année 2025 difficile, les fonds durables européens ont renoué avec une collecte positive en 2026, avec 8,2 milliards de dollars de collecte nette au premier trimestre puis 3,5 milliards au deuxième trimestre. À l'échelle mondiale, leurs encours ont atteint 3 730 milliards de dollars fin juin. Plus révélateur encore, les fonds durables ont affiché une performance médiane supérieure à celle des fonds traditionnels au premier semestre 2026. Ces chiffres ne permettent évidemment pas de conclure à une victoire de la finance durable, mais montrent que le débat ne peut se réduire à une opposition entre ESG et performance financière.
Ainsi, la finance durable pourra garder toute sa pertinence. Celle-ci a toujours pour vocation d'intégrer le long terme et l'ensemble des menaces et opportunités sur les activités des entreprises tout comme leurs externalités. Les discours affirmant que la durabilité serait un luxe sont irresponsables. Il n'est, en effet, pas possible de décréter la fin du dérèglement climatique ou l'arrêt des transformations sociales qui parcourent notre monde. Se passer de cette finance responsable serait une simple fuite en avant court-termiste et irait à l'encontre du devoir fiduciaire des sociétés de gestion. Cela apparaîtrait également en contradiction avec les attentes qui pèsent sur les entreprises que nous sommes.
| L'utilité comme boussole de l'innovation
Nous allons connaître prochainement, en Europe, une nouvelle vague d'évolutions réglementaires. La volonté affichée est d'aller vers plus de clarté et de simplification mais les échanges et propositions qui apparaissent peuvent nous laisser craindre le contraire et donc conduire à un enfermement et une limitation des possibilités de processus d'investissements durables. L'Europe, et particulièrement la France, a été un lieu d'innovation majeure pour la finance durable. Or, le risque d'une réglementation trop contraignante se traduirait par la perte de cette capacité d'innovation. Une approche trop technique et jargonneuse pourrait également entraîner une perte de sens en rendant la finance durable difficilement compréhensible pour nos clients et investisseurs.
Espérons que la nouvelle réglementation nous permettra de poursuivre à l'avenir ce travail d'évolution et de création de la finance durable. Cela permettra aux investisseurs, particuliers ou institutionnels d'investir dans des produits qui correspondent à leurs besoins financiers et à leurs aspirations extra financières.
Pour rester utile, la finance durable doit rester lisible.
