Géopolitique : entre espoir de désescalade et plan d'isolement
- Moyen-Orient : la semaine a été marquée par des signaux contradictoires concernant les tensions au Moyen-Orient. Si les espoirs d'un accord rapide sur la réouverture du détroit d'Ormuz, évoqués fin juillet, ne se sont pas matérialisés, l'administration Trump a durci le ton. Le secrétaire au Trésor, Bessent, a annoncé la préparation d'un « plan d'isolement économique sans précédent » contre l'Iran, laissant présager de nouvelles sanctions. Cette menace, combinée à l'absence d'accord, maintient une prime de risque sur les marchés énergétiques, même si les prix du pétrole sont restés étonnamment stables, dans une fourchette de 86 à 90 dollars le baril pour le Brent. Le marché semble considérer que le « chien aboie mais ne mord pas », du moins pour l'instant.

Etats-Unis : l'inflation modérée conforte le statu quo de la Fed
- Inflation : les chiffres de juillet ont été rassurants. L'IPC global n'a progressé que de 0,1 % sur un mois (3,4 % sur un an), tandis que l'IPC core (hors alimentation et énergie) a augmenté de 0,2 % (2,5 % sur un an). Le PPI est resté stable sur le mois. Ces données suggèrent que le pic d'inflation du premier semestre est passé et que la désinflation est de retour et sur les rails, soutenant un possible scénario d'une Fed en statu quo pour le reste de l'année 2026.
- Consommation et activité : les ventes au détail ont chuté de 0,6 % sur un mois, une contre-performance qui s'explique en grande partie par des effets de calendrier (notamment les promotions estivales d'Amazon Prime Day qui ont avancé les achats en juin). Hors automobile, le repli est moins marqué (-0,3 %). L'indice de confiance des consommateurs du Conference Board s'est également dégradé, témoignant de l'inquiétude des ménages.
- Fed : la probabilité d'une hausse de taux en septembre a chuté à environ 30 %. Le compte-rendu de la dernière réunion du FOMC, publié mercredi, devrait confirmer des débats vifs entre les membres, mais les données récentes donnent raison à la majorité favorable au statu quo. Le marché attend désormais avec intérêt le symposium de Jackson Hole (fin août) pour en savoir plus sur les intentions du président Warsh.
Zone Euro : une croissance résiliente mais des défis climatiques et énergétiques
- Croissance : la deuxième estimation du PIB du T2 a confirmé une hausse de 0,4 % sur le trimestre, soutenue par un secteur manufacturier résilient malgré le choc des prix de l'énergie.
- Risques climatiques : les vagues de chaleur et la sécheresse en Europe centrale inquiètent. Les bas niveaux d'eau du Rhin pourraient peser sur la production industrielle allemande (notamment dans la chimie et la métallurgie) avec un impact potentiel de l'ordre de 0,2 point de PIB sur le trimestre si la situation persiste. Par ailleurs, les rendements agricoles sont menacés, ce qui pourrait raviver les tensions sur les prix alimentaires.
-
BCE : malgré ces risques, la combinaison d'une activité résiliente et de pressions inflationnistes persistantes (énergie, main-d'œuvre) conforte les acteurs de marché sur une anticipation d'une hausse de taux de 25 points de base en septembre. Les risques sont toujours orientés vers un durcissement supplémentaire si les prix de l'énergie restent élevés ou si leurs effets se transmettent plus fortement à l'inflation sous-jacente.
- Royaume-Uni : l'activité britannique montre des signes de solidité, avec une croissance du PIB au T2 supérieure aux attentes (+0,4 % t/t), portée par l'investissement. Cependant, l'inflation globale devrait s'accélérer en juillet sous l'effet du relèvement du plafond des factures d'énergie (Ofgem), atteignant peut-être 2,9 % sur un an. L'inflation sous-jacente, quant à elle, pourrait légèrement ralentir. La Banque d'Angleterre, qui a déjà préféré le statu quo par le passé, pourrait rester prudente face à l'inflation et à nouveau laisser ses taux inchangés en septembre. L'impact de la guerre en Iran sur les factures énergétiques des ménages est un choc qu'elle pourrait choisir d'ignorer, considérant qu'il est temporaire.

Japon : le vent tourne pour la BoJ, un relèvement en septembre probable
-
Hausse des taux anticipée : Le « Summary of Opinions » de la dernière réunion de la BoJ s'est avéré plus offensif que les commentaires du gouverneur Ueda. Plusieurs membres ont appelé à une réponse « agile » de la politique monétaire, ce qui, combiné à la faiblesse du Yen et aux pressions des autorités américaines, rend cohérent une prochaine hausse des taux en septembre (probabilité 80 %).
-
Croissance : le PIB du T2 a déçu, avec une hausse de seulement 0,3 % sur le trimestre, pénalisé par la faiblesse de la demande intérieure. Cependant, les pressions inflationnistes restent présentes, portées par un marché du travail tendu et une hausse des prix à l'importation.

Chine : l'activité reste atone, portée par l'industrie
- Production vs Consommation : l'indicateur le plus frappant est le contraste entre une production industrielle robuste (5,0 % sur un an) et des ventes au détail très faibles (1,5 % sur un an). Cela illustre un modèle de croissance toujours déséquilibré, porté par l'industrie et les exportations (notamment tech), tandis que la demande intérieure demeure fragile.
- Politique monétaire : la PBoC maintient un biais accommodant, mais privilégie désormais les outils ciblés (facilités de crédit pour les secteurs prioritaires) et la gestion des liquidités plutôt que des baisses de taux généralisées, afin de préserver la rentabilité des banques.

Matières premières : pétrole stable, métaux volatils
- Pétrole : le pétrole reste dans une fourchette relativement étroite. L'absence de dégradation majeure en Iran et les promesses de l'administration Trump de maintenir les prix à un niveau acceptable pour les consommateurs américains ont calmé le marché.
- Métaux : l'or et l'argent ont connu des oscillations importantes, pénalisés par la hausse des rendements réels et la vigueur du dollar, mais leurs pertes sur la semaine sont restées limitées.

Marchés : des résultats solides, les taux longs sous pression
- Actions : la saison des résultats du T2 se poursuit sur une note positive, avec une croissance des bénéfices qui surprend à la hausse, en particulier dans le secteur de l'énergie, des matières premières et des valeurs technologiques. L'investissement dans l'IA (capex) reste un thème majeur et soutient les semi-conducteurs et les biens d'équipement. Le S&P 500 s'est rapproché de ses records historiques, porté par un rebond des valeurs tech après les turbulences en Asie. Le VIX, indice de la peur sur les marchés, est redescendu vers 14, signe d'un apaisement des craintes.
- Taux : les taux longs restent sous pression. Le rendement du T-bond américain à 10 ans se maintient à des niveaux élevés, tandis que le rendement du Bund allemand atteint 3,2 %. La dynamique est défavorable, portée par des niveaux d'endettement public élevés, des émissions abondantes (notamment pour financer les investissements dans l'IA) et une base d'acheteurs plus sensible aux prix.
- Devises : le Yen a connu une semaine volatile. Les interventions coordonnées (Japon et Fed) ont permis un rebond, mais la devise reste sous pression, le cours USD/JPY évoluant autour de 159. Les doutes persistent sur la stratégie de la BoJ, bien que les anticipations d'une hausse des taux en septembre soutiennent la devise.

* en devises locales ** exprimées en points de base (0,01%)
Newsletter rédigée le 18/08/2026, sur les données au 14/08/2026.

